Quand l’immoral s’installe à l’abri de la légalité…

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La Suisse demeure interdite pour certains, quitte à déchirer des familles
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Quand l’immoral s’installe à l’abri de la légalité…

14 juin 2018
Chronique
Le pasteur retraité Bernard Nicole s’insurge contre les traitements inhumains, mais parfaitement légaux, réservés en Suisse à certains migrants.

La presse du 8 juin dernier narrait un «vol spécial» qui a dérapé. Une mère bosniaque fragilisée et ses deux enfants arrêtés à 3 heures du matin, à la lampe de poche, empêchée de parler à ses enfants, expédiée manu militari à Sarajevo; le père est hospitalisé, la famille disloquée de force. Médecin et psychiatre se sont insurgés. Moi aussi, je vous le partage.

Enfant suisse à Paris pendant la guerre, j’ai assisté à une rafle de citoyens français juifs, à quelques jours de la «rafle du Vel d’Hiv» de juillet 1942. Peu auparavant, mon petit copain d’immeuble Léon, juif, a disparu avec ses parents, une nuit vers 3 heures du matin. À relire les événements de l’autre jour, j’en suis glacé.

Ce 8 juin encore, la police a arrêté Yossief dans les locaux mêmes du Service de la Population à Lausanne. Requérant érythréen de 34 ans, bien soutenu par des familles et s’intégrant remarquablement, la sacro-sainte loi Dublin s’applique à lui. Retour forcé en Italie, le camp d’internement d’une Europe lâche, la misère, la rue, les mafias. En attendant pire, vu l’actualité en Italie.

Je m’insurge et j’en reviens aux similitudes. Je ne peux faire le procès des gendarmes français de 1942, obligés d’exécuter les ordres «légaux» du gouvernement de Vichy, auteur des fameuses «lois juives». Ni celui des policiers dispersant cette famille bosniaque de nuit ou arrêtant Yossief: c’est leur obéissance aux ordres de la hiérarchie, soumise (bien volontiers!) à la Loi Dublin.

Sous couvert de l’ordre et de la loi, on se croit autorisé à agir avec une violence inouïe, pas forcément physique, et démesurée.

J’en veux à ceci: sous couvert de l’ordre et de la loi, on se croit autorisé à agir avec une violence inouïe, pas forcément physique, et démesurée. La manière est obscène. Et je nous en veux à nous-mêmes, citoyens détournant le regard et laissant faire. Les Français l’ont payé cher, car ces lois iniques se sont retournées contre eux. Peut-être aurons-nous aussi à en rendre compte un jour.

Quand l’immoral s’installe à l’abri de la légalité, il n’a plus de limite. Quand l’histoire et l’humain sont oubliés, le retour est souvent violent. Et les Évangiles, ils nous parlent encore?