L'éthique dans le feu de l'action

© Réformés / Pierre Bohrer
i
© Réformés / Pierre Bohrer
© Réformés / Pierre Bohrer

L'éthique dans le feu de l'action

A quoi peut donc bien servir un aumônier militaire au sein de l'armée Suisse? Il agit comme une boussole et fait figure de Bon Samaritain, créant un espace de paix là où réside la violence, analyse la journaliste Marie Destraz qui a coordonné le dernier dossier du journal Réformés (juin 2018)

Qu’on se le dise tout de suite, je n’ai pas fait l’armée. Cela ne m’empêche pas d'avoir un avis et de m'être prononcée dans les urnes en 2013 sur l’initiative contre l’obligation du service militaire, d’ailleurs vivement balayée par le peuple. Je garde une curiosité toute particulière pour l’institution militaire, qui, de fait, conserve sa part de mystère.

J’en ai entendu des récits d’école de recrues et de cours de répétition, narrés par la gente masculine avec une certaine erté ! Dans leur bouche, le passage par la caserne est «formateur». On l’assimile à une école de vie, un apprentissage de l’autorité et de la vie en communauté. Il n’empêche que je m’étonne à chaque fois de l’engouement qui entoure ces souvenirs vécus la mitraillette en bandoulière.

L’institution militaire inclut alors dans ses rangs, sous le grade de capitaine aumônier, des théologiens. Comme une boussole à glisser dans le paquetage de chacun des soldats.

Bien sûr, les conflits armés paraissent bien loin de nos places d’armes, coiffées d’une neutralité tout helvétique. Mais en s’enrôlant dans l’armée, les jeunes recrues acceptent de servir leur pays, autant que l’éventualité de tuer ou d'être tué. Avec application, les soldats répètent les gestes, exécutent les ordres, se préparant ainsi au pire. Sous l’uniforme, reste cependant l’humain, et son libre arbitre. Ménager une place à l’éthique, serait-ce se condamner à la faiblesse?

L’armée tient en estime la réflexion des soldats. En développant une cohésion de groupe au sein de la troupe, elle veut garantir un minimum d’humanité au soldat. Mais celui-ci peut s’y perdre. L’institution militaire inclut alors dans ses rangs, sous le grade de capitaine aumônier, des théologiens. Comme une boussole à glisser dans le paquetage de chacun des soldats.

Avec sa croix en insigne, l’uniforme de l’aumônier a le mérite d’annoncer la couleur: une écoute, sans jugement, faisant fi du grade, de la classe sociale, comme de la religion. Le paradoxe de l’aumônier militaire s’étiole alors de lui-même. En Suisse, il s’agit moins d’un homme de Dieu sur le champ de bataille que de la figure du Bon Samaritain qui, au-delà de la religion, sait créer un espace de paix là où transparaissent les traces de la violence.